Gueule de tatoué·e : Catbird, le bénéfice du doute

Untitled design (3)

Je n’avais pas tout à fait prévu de faire un « Gueule de Tatoué·e » pour parler de la mienne, et puis de projets en questionnements, j’ai eu envie d’aborder avec mes mots et mon vécu une question qui trouvait tout à fait sa place dans cette catégorie. Puisque je veux vous parler des regrets, et pas de manière pratique et sexy en compagnie de Jonny (désolée) mais de manière personnelle et sincère, pour partager un ressenti que je ne suis pas la seule à avoir ou avoir eu, d’après quelques discussion que j’ai eu, mais dont je n’entends par ailleurs pas souvent parler.

La naissance du doute

Quand j’ai fait ma première pièce couleur, néo-traditionnelle et visible, ça a complètement changé ma façon de voir le tatouage, ou plutôt mes tatouages. Mes autres pièces, les premières que j’ai fait, on ne les voit pas ou peu au quotidien. J’ai une ligne sur l’avant bras qui est exposée les 3/4 du temps mais personne ne la remarque. Alors que mon phare sur fond de nuit suscite intérêt et remarques presque à chaque fois que je le découvre : la pièce est sombre, dense, dans un style très marqué.

Untitled design (3)

Vous devez commencer à la connaitre puisqu’elle est partout, ici.

Je l’adore, don’t get me wrong, mais ça a été un choix (longuement réfléchi) de me décider pour du néo-traditionnel. J’aime des tas de styles de tatouage, des plus hipster et géométriques au traditionnel japonais, mais je n’ai aucune envie d’avoir une collection de styles sur ma peau. Et j’insiste sur le subjectif de ce choix : mélangez les styles si vous le souhaitez, ce n’est pas un jugement esthétique. Personnellement, je m’habille rarement avec deux couleurs différentes, ça en dit long.
Et je suis la reine du doute : donnez moi à choisir entre une glace au chocolat ou à la vanille et je vais hésiter pendant deux heures. Alors imaginez lorsqu’il s’agit de s’encrer pour toute la vie. C’est probablement pour cette raison que j’ai tendance à le faire sur un coup de tête : le moins de temps entre ma décision et le moment T, le moins de risques que mon cerveau trouve des questions à se poser et des arguments à m’opposer.

at - let's be stupid

Flash ou pas flash?

Mon phare est également la première pièce que je me sois faite tatouée sans avoir la moindre idée de ce à quoi il allait ressembler avant d’arriver au shop le Jour J. Mes tatouages précédent sont des flashs ou des motifs géométriques sans grandes surprises. Pour mon phare, j’ai donné à Mors quelques idées clés, il a ensuite créé le design. Quand je suis arrivée au shop, il m’a présenté le tracé du stencil que j’ai aimé, parce que j’aime son travail, et ce fut instantanément un oui ok on y va sans prendre le temps de me l’approprier. Et puis c’était le tracé, donc les lignes sans couleurs. De ce fait, avoir la pièce tatouée, sous ma peau, après deux heures de souffrance, a été une découverte totale. Je ne savais pas, avant qu’elle soit encrée, ce à quoi elle allait ressembler réellement au final. Il m’a donc fallu un temps d’adaptation plus important, les premiers jours, à me dire ok cette pièce est sur moi, elle est sombre, elle est imposante, elle est là.

Finn and Jake - smiles and horror

L'enfer c'est les autres

Ma famille n’est pas très tatouages, c’est le moins qu’on puisse le dire, et je ne montre jamais mes pièces en leur présence.

Le néo-traditionnel est un style qui s’impose, je ne pouvais pas espérer le vendre aux personnes récalcitrantes à me voir tatouée comme un joli design léger et féminin. Il a donc fallu que j’accepte aussi l’idée que ça allait se voir, que j’allais devoir l’assumer auprès de ma famille pour qui c’est une hérésie. Mais voilà, choisir un style sans concessions, c’est tout à fait moi.

lsp - bad and i like it

Mais parler de la peur que l’on a d’avoir des regrets, ou exprimer ses doutes, c’est la porte ouverte aux leçons de morale, que l’on a déjà bien trop souvent pour avoir envie de s’en imposer d’autres. On passe tellement de temps à affirmer que, non, on ne regrettera pas, que ce n’est pas un choix fait à la légère, que dans vingt ans on portera nos encres avec fierté, oui, même quand on sera vieux, vieilles et fripé·e·s, alors parler de nos doutes? We know better.

Pourtant douter, parfois, n’invalide pas les affirmations évoquées ci-dessus. Douter ne veut pas dire que l’on a tout faux, que l’on devrait jamais être tatoué·e, que c’est une erreur. Non. Mais douter est parfois une raison  suffisante pour donner du grain à moudre à ceux qui ne partagent pas notre amour pour les tatouages.

Untitled design (3)

Et même en adorant mes pièces, en étant fière de ce qu’elles représentent et plus que satisfaite du talent et du contact que j’ai eu avec les deux artistes qui y ont contribué (je parle ici de Mors et David Côté sur mon bras) il y a des moments où j’ai des doutes intenses.

Le bénéfice du doute

Quelles que soit mes interrogations, elles ne sont pas une remise en cause de ce que je porte. Il ne s’agit pas d’un envie de couvrir mes pièces, ni même de les changer. C’est d’ailleurs moins du regret que la peur de regretter, la peur de réaliser un jour que j’aurais pu faire mieux ou différent – et quand je dis mieux, encore une fois je parle des idées que j’ai donné, pas des réalisations des artistes que j’ai choisi.

Avoir peur d’avoir peur d’avoir des regrets en quelque sorte, une boucle infernale de choses qui n’existent que dans ma tête.

Finn - use brain girlfriend

Mais c’est aussi profondément lié à ma personnalité, je ne pense pas être la seule à douter de beaucoup de choses : des choix personnels ou professionnels, des décisions importantes ou bénignes, des détails, des montagnes.
Je remets en cause beaucoup de choses dans ma vie, et c’est aussi ce qui me permet d’avancer et d’évoluer sans rester perdue dans des convictions erronées.
Alors il en va de même pour les tatouages. Ais-je bien fait? Je ne le sais pas, je ne le saurais peut-être jamais, car il reste toujours demain pour changer d’avis. Mais me poser ces questions ne m’empêche pas de retourner sous l’aiguille, d’être enthousiasmée plutôt deux fois qu’une par des artistes, des pièces, d’empiler les idées de futurs tatouages dans un coin de mon crâne. Ce doute n’entame pas mon amour pour l’encre, il n’est pas incompatible avec le fait que je choisisse de bloguer sur le tatouage.

at - thumb up

J’avais envie de parler de ça, parce qu’il m’a semblé à un moment que le fait de ne pas être irrémédiablement sure de mes encres m’enlevait une certaine légitimité, quand nous sommes tous et toutes différent·e·s face à tous les aspects de nos vies. Il existe une multitudes de façon d’appréhender le tatouage, certaines personnes le pratiquent uniquement pour son aspect esthétique, d’autres travaillent chaque détail symbolique du dessin ; le tatouage peut être rock’n’roll, il peut être une oeuvre d’art, une blague, un cover-up, un souvenir, une promesse.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon d’être un·e tatoué·e ; sur ça au moins, je n’ai pas de doutes.

Respectez les artistes, ne volez pas de design qu’il ait déjà été tatoué ou non, ne vous appropriez pas de cultures que vous ne comprenez pas. Pour le reste, vous êtes et vous faites ce que vous voulez.

at - dancing

crédits Tatouages par Mors et David Côté
& Photographies : Merci à PAULINE et CAMILLE !
gifs extraits d’ADVENTURE TIME
Si vous avez envie de parler de vos tatouages,
de vos expériences, bonnes ou mauvaises, 
envoyez moi un message sur la page Facebook
ou à anemailforthetattooist[at]yahoo[point]fr !
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