Gueule de Tatoué·e : Coralie, l’importance du sens

GDT - Coralie

Dans cet article, je vous invite à rencontrer Coralie. Elle aime les tatouages en noir et gris et les artistes de talent : ce n’est pas nous qui allons le lui reprocher. Ce fut un vrai plaisir d’échanger avec cette maman tatouée sur son parcours personnel, ainsi que sa relation au tatouage, depuis sa première encre – initiatique – à l’aube de ses dix-huit ans jusqu’à aujourd’hui.
Un long témoignage que je n’interromprais pas de mes commentaires – elle a fait tout le travail je triche ! – qui nous fait partager une expérience de tatouée, bien loin des clichés rebelles et subversifs que beaucoup voudraient nous imposer.

Rite initiatique et symbolique du tatouage

 » En ce qui concerne mes tatouages, j’ai donc fait le premier à 18 ans – en 1998 – sur Bourges. C’était un milieu que je ne connaissais pas du tout donc j’ai suivi mon cousin qui connaissait le tatoueur : je ne me souviens même pas de son nom. A l’époque , il s’agissait pour moi de marquer mon passage à la vie d’adulte, et comme j’étais très douillette j’avais besoin de me prouver que j’en étais capable. J’ai choisi une petite croix égyptienne sur l’épaule, qui est cachée même avec un t-shirt à manches courtes comme le voulaient mes parents. Etant passionnée d’égyptologie et d’histoire antique, la symbolique du passage vers l’immortalité, l’ouverture du monde des morts me semblait tout indiqué.
Avec le recul, je ne regrette absolument pas ce tatouage mais je n’étais pas informée du tout.

J’ai fait mon second en 2010, alors que je vivais une étape compliquée de ma vie. J’ai été sur Orléans avec un tatoueur que m’avait conseillé ma soeur. Je voulais quelque chose de petit, de simple, donc je n’avais pas besoin d’une patte particulière. J’ai choisi un scarabée, symbole de renaissance et de résurrection.
Tout cela peut sembler assez mystique pourtant je ne suis pas croyante, en revanche j’ai besoin de symboles forts à mes yeux.

la recherche de l'artistique

« Je crois que mon évolution dans ma façon d’appréhender le tatouage vient surtout de l’âge et de la maturité que cela peut apporter. Sans oublier le développement des réseaux sociaux qui permettent de découvrir des artistes à l’autre bout du monde, comme ceux à côté de chez soi. Ayant fait des études d’Histoire, dans laquelle le tatouage est principalement initiatique – notamment dans l’antiquité – je pense qu’à 18 ans, j’avais surtout cette image là… Puis avec le temps, j’ai découvert l’aspect artistique de ce métier. Mais je pense que c’est aussi dans l’air du temps, les choses évoluent, les mentalités changent. Aujourd’hui le tatouage est à la mode, dans la presse, la pub, la mode…
J’échange aussi beaucoup sur le sujet avec ma soeur – tatouée elle aussi – qui aime surtout le style old school, ces échanges sont très riches.

GDT Coralie 3

Tatouage par Samoth

En parallèle, je cherchais à me faire encrer quelque chose qui soit en rapport avec mes enfants, sans trouver l’inspiration, sans arriver à me dire : mais oui! quelle évidence! Et puis un jour, je suis tombée sur un tatouage d’engrenage et ça s’est imposé à moi. J’ai donc adapté cette thématique et j’ai cherché un tatoueur.
D’abord, le bouche à oreilles, puis j’ai poussé la porte d’un salon sur Tours proche de chez moi. J’ai été orientée vers Samoth – j’avais déjà repéré son travail via Facebook – et le feeling est tout de suite passé. Il m’a donc tatoué en 2014 et six mois plus tard je repassais sous ses aiguilles pour un autre projet, plus fun: un personnage de BD des années 50 qui a bercé mon enfance chez mes grands-parents. Il illustre à la fois des moments doux de ma vie, mon amour pour la littérature jeunesse et mon intérêt pour le vintage. Par chance, je suis tombée sur un des rares tatoueur qui a aussi lu ces BD dans son enfance et qui trouvait ça très sympa à encrer.

GDT - Coralie 2

Tatouage par Samoth

Le regard de l'autre

« Je ne parle pas spécialement de mes tatouages à mes enfants, pour eux c’est presque un non évènement. En revanche si ils posent des questions, je leur répond franchement – notamment sur la douleur, le côté indélébile – afin de ne pas banaliser l’acte. Et comme ils voulaient voir, ils sont tous venus dans le salon de tatouage (pas la salle de tatouage mais l’accueil), pour leur montrer que la réalité est souvent plus simple que ce qu’on imagine.
Les autres enfants ont souvent une réaction marrante : ils me regardent fixement, détaillent le tatouage mais sans jugement. Ils sont curieux et leur attitude est plus franche que celle des adultes, ils ne regardent pas en coin, l’air de rien… Et si ils m’en parlent je leur répond simplement, mais le plus souvent ils se contentent de regarder.
Après je n’ai pas de tatouage « effrayant », je suppose qu’un crâne ou un zombie seraient vus différemment.

Peu de gens viennent m’aborder pour me parler de mes tatouages, souvent ce sont aussi des gens tatoués ou qui apprécient et qui veulent savoir où [les miens] ont été réalisés.
Les gens qui me voient au quotidien peuvent paraître surpris lorsque viennent les beaux jours et que mes tatouages sont apparents. C’est un avantage pour moi, car les gens me connaissent déjà un peu, ils ont appris à m’apprécier donc il y a moins de jugement. Je n’aime pas qu’on mettent les gens dans des cases mais c’est un peu notre lot à tous, au quotidien.

Coups de coeur et projets à venir

 » Quand aux artistes dont je suis le travail, ils sont très très nombreux : il y’a une foule incroyable d’artistes tatoueurs qui sont déments. J’avoue une petite préférence pour ceux qui viennent du graphisme ou de l’illustration.
[Dans mes tatouages] il n’y a pas de thème unique, ni d’harmonie décidée mais pour le moment ils ont certains points communs : que du trait et en noir et gris – j’aime ce style épuré et sobre. Mais cela peut tout à fait changer dans le futur, selon mes envies. [Mes tatouages] sont plus le reflet d’une envie profonde à un moment précis.

Évidement, j’aime beaucoup le travail de Samoth, qui officie aux côtés de Fat Manu [au Congo Bongo Tattoo Club]. Je pense que c’est quelqu’un de très polyvalent, avec une bonne maîtrise, mais je ne suis pas assez calée dans ce domaine pour donner plus que mon avis personnel.

Je suis aussi très fan de Heavy Patate avec Beatrice Myself et Guillain le Vilain, pour continuer dans les tourangeaux. J’aime leur style, reconnaissable entre 1000.
D’ailleurs côté projet, j’ai un truc sur le feu avec Guillain le Vilain, on a déjà échangé et il doit me faire une proposition à l’automne. Donner juste un thème et le laisser libre du dessin, c’est nouveau pour moi, mais j’ai totalement confiance en son talent.

Sinon je songe à un tatouage de dinosaure, mais c’est encore flou dans ma tête, je laisse mûrir le projet. Il faut que ça sonne comme une évidence pour moi, avant de me lancer.

L’artiste dont j’aimerais vraiment avoir un tatouage est Mo de chez Mojitotattoo (Toulouse), j’aime tellement ses portraits, on dirait de l’illustration. Elle est sur ma liste de projet futur : un personnage féminin, en couleurs. J’aime son style, son tracé, ses choix de couleurs mais là aussi je me laisse le temps de la réflexion, et puis comme elle est sur Toulouse il faut un peu d’organisation.

Sinon, dans le domaine du non-réalisable , je suis archi fan de Sarah Whitehouse: son style si délicat, presque enfantin me parle totalement. Mais elle travaille à Manchester, alors à moins de la croiser à une convention je vais me contenter d’admirer ses oeuvres.


Merci encore à toi Coralie d’avoir pris le temps de partager ton expérience, et ta vision du tatouage !
toutes les photos sont créditées 🙂
Si vous avez envie de parler de vos tatouages,
de vos expériences, bonnes ou mauvaises, 
envoyez moi un message sur la page Facebook
ou à anemailforthetattooist[at]yahoo[point]fr !
Publicités

Une réflexion sur “Gueule de Tatoué·e : Coralie, l’importance du sens

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s